Comment l'Ontario séduit les travailleurs québécois?

Par Équipe éditoriale

Modifié le 5 décembre 2024

À la sortie de leurs cours, les étudiants du centre de formation professionnelle des Portages-de-l’Outaouais peuvent voir des affiches publicitaires qui font la promotion d’une «variété de métiers tous sous le même syndicat en Ontario». Des offres pour les métiers de soudeurs payant 54,62$ de l’heure et des opérateurs d’équipement lourd à 61,02$ de l’heure.

«La publicité fait partie d’une campagne de recrutement de main-d’œuvre pour l’Ontario», a expliqué un porte-parole du syndicat LiUNA.

Le recrutement de travailleurs québécois par l'Ontario est un sujet qui suscite de vives discussions et préoccupations au Québec. Dans un contexte où la pénurie de main-d'œuvre se fait sentir, notamment dans le secteur de la construction, cette dynamique inter-provinciale soulève des questions importantes.

Le choix difficile des travailleurs

Deux entrepreneur en pleine répararation d'un mur 

Pour de nombreux Québécois, l'idée de traverser la frontière pour travailler en Ontario est tentante mais complexe. Les salaires attractifs et les promesses de chèques de paie plus élevés sont difficiles à ignorer. Cependant, ce choix n'est pas sans conséquences.

«Il y a des avantages pour un Québécois à traverser la rivière», a affirmé une source du Journal de Québec, familière des milieux de la construction dans les deux provinces. «Les salaires sont similaires, mais en Ontario, les gars ne paient pas leurs assurances, il n’y a pas de déduction à la source, alors les chèques de paye sont plus gros.»

Outre l'Ontario, l'Alberta a également lancé récemment une initiative en vue de séduire les travailleurs d'autres régions avec un crédit d'impôt remboursable de 5 000 $ pour encourager leur installation dans la province. Mais pour Guillaume Houle, responsable des affaires publiques de l'Association de la construction du Québec (ACQ), l'argument selon lequel les conditions seraient meilleures ailleurs ne tient pas complètement. Il affirme : «Les fonds pension et les régimes d’assurance sont vraiment meilleurs ici. Et en cas d’accident de travail, c’est beaucoup plus difficile de leur côté de la clôture.»

Le secteur de la construction au Québec est actuellement confronté à une pénurie critique de main-d'œuvre. L’été dernier, près de 12 000 postes restaient non pourvus. Selon les projections de la Commission de la construction du Québec, ce chiffre pourrait atteindre 16 000 dans les années à venir. L'ACQ compte sur le projet de loi visant à moderniser le secteur de la construction au Québec. Ce projet inclut des formations accélérées pour les travailleurs du secteur, avec la particularité que ces derniers sont rémunérés pendant leur formation.

Aussi, le gouvernement du Québec met en avant des mesures destinées à attirer des travailleurs expérimentés, les travailleurs étrangers et les nouveaux diplômés. Parmi ces initiatives, on trouve le crédit d’impôt pour la prolongation de carrière et des crédits d’impôt spécifiques pour les nouveaux diplômés qui s'établissent en région.

Le barrière de la langue

Deux entrepreneurs qui démolissent un sol 

Pour les travailleurs issus de l'immigration, l'Ontario peut sembler plus accueillante, notamment en raison de la langue. En effet, le français est une troisième langue, pas toujours pleinement maîtrisée, pour certains travailleurs étrangers.

Au Québec, pour obtenir le précieux papier permettant de se libérer d’un permis de travail fermé, il faut pouvoir s’exprimer dans un niveau de français intermédiaire. Autrement dit, il faut pouvoir conjuguer les verbes au conditionnel, à l’imparfait, et « mener des conversations de la vie courante », selon la formulation du gouvernement. 

De plus, le délai d’obtention d’une résidence permanente est souvent très long au Québec alors qu'en Ontario, le programme d’«entrée express» permet à un immigrant qui se conforme aux exigences du marché du travail d’obtenir sa résidence permanente en l’espace de seulement trois mois. 

Simon Bertrand, directeur des ressources humaines de Meglab, a notamment vu un de ses stagiaires quitter pour l'Ontario alors qu'ils étaient sur le point de signer un contrat de travail avec lui, comme il en témoigne dans un article du journal Le Devoir.

Une réflexion nécessaire

Cette situation met en lumière la nécessité de repenser les stratégies de rétention de la main-d'œuvre au Québec. Il s'agit de trouver un équilibre entre l'attractivité économique et la préservation de l'identité et de la vitalité des communautés québécoises.

En somme, le phénomène du recrutement en Ontario n'est pas simplement une question de chiffres ou de politique. C'est une réalité humaine, faite de choix personnels et de défis collectifs, qui touche à la fois les individus, les entreprises et les communautés.


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