Installation de fenêtres pour maison passive au Québec : guide technique

Par Cynthia Pigeon

Modifié le 7 juillet 2026

Salon lumineux avec fauteuil en bois, coussin tricoté, grande fenêtre et radiateur sous fenêtre dans un intérieur chaleureux

Dans le domaine de la construction écoresponsable et de l’architecture de haute performance au Québec, la réduction des besoins énergétiques et l’amélioration du confort ont redéfini les pratiques du bâtiment. La carboneutralité et l’autonomie énergétique peuvent être visées, mais elles nécessitent des choix de conception et de production d’énergie supplémentaires. Au cœur de cette révolution se trouve le standard de la maison passive (décliné sous les certifications Passivhaus et PHIUS), un modèle d'ingénierie où le bâtiment réduit fortement les besoins de chauffage, permettant l'utilisation d'un système de chauffage de très faible puissance. Pour atteindre une telle efficacité, l’enveloppe du bâtiment doit être très continue, étanche à l’air et conçue pour limiter les ponts thermiques et les risques d’humidité.

Dans cette quête visant une très haute performance, les ouvertures ont longtemps été considérées comme les maillons faibles de la structure, agissant comme de véritables fuites thermiques. Une approche passive inverse ce paradigme : le fenêtrage ne se contente plus de limiter les pertes : il contribue aux gains solaires passifs tout en réduisant les déperditions thermiques. Cependant, l’acquisition de vitrages performants de calibre international ne représente que la moitié du chemin. L'art de l'installation, c'est-à-dire l'intégration physique, mécanique et étanche de la fenêtre au sein d'une paroi murale ultra-isolée, constitue le véritable défi des concepteurs, architectes et autoconstructeurs québécois. Une mauvaise installation peut réduire sensiblement les performances énergétiques et augmenter les risques de condensation et de dégradation de l'enveloppe.

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Les critères d'une fenêtre certifiée maison passive en climat froid

Intérieur d'une maison en construction avec une grande façade vitrée offrant une vue panoramique sur la nature.

Source : Construction HGordon Inc.

Le climat québécois se distingue par des contraintes thermiques exceptionnelles, associant des hivers rigoureux à des étés chauds et très humides. Bien que plusieurs fenêtres ENERGY STAR soient performantes, les projets de maison passive exigent généralement une performance plus poussée, validée par modélisation énergétique et par les critères propres à PHI ou PHIUS.

Pour un projet visant une certification PHI ou PHIUS, ce n’est pas seulement le vitrage qui compte, mais l’ensemble du système de fenêtre : verre, cadre, intercalaires, étanchéité, installation et performance modélisée. En pratique, les projets de maison passive au Québec utilisent presque toujours du triple vitrage afin d'atteindre les performances requises. Les unités de verre scellées se composent de trois vitres séparées par des espaces remplis de gaz inertes lourds (généralement de l'argon ou du krypton) et rehaussées de multiples couches de revêtements à faible émissivité (Low-E). Ces couches microscopiques d'oxydes métalliques agissent comme des filtres sélectifs, emprisonnant la chaleur rayonnante à l'intérieur durant la saison froide tout en contrôlant l'apport solaire.

Pour y parvenir, le choix du châssis est capital. Les cadres utilisent généralement des matériaux à faible conductivité thermique, comme le bois, la fibre de verre, le PVC multicavité, des composites ou des mousses isolantes intégrées. Le liège est utilisé dans certaines conceptions spécialisées. De plus, les intercalaires en aluminium traditionnels ont généralement été remplacés par des intercalaires warm-edge (en composite, en acier inoxydable ou en matériaux hybrides), ce qui réduit le refroidissement périphérique du vitrage.

L'art de l'installation : éliminer les ponts thermiques

Agrandissement de maison avec solarium lumineux, fenêtres panoramiques, terrasse en bois et isolation performante.

Source : Architecture & Design Mario Fortin

Avoir en sa possession la meilleure fenêtre du marché mondial ne garantit rien si son intégration au mur crée un court-circuit thermique. Dans une ossature murale passive — qu'il s'agisse d'un mur double, d'une poutrelle de type Larson ou d'un système à isolation extérieure continue —, l'épaisseur de la paroi peut facilement atteindre 12 à 18 pouces. La question fondamentale qui se pose alors à l'installateur qualifié est celle du positionnement de la fenêtre dans l'épaisseur du mur.

Lorsque la fenêtre est installée trop à l'intérieur ou trop à l'extérieur de la couche isolante principale, le pont thermique augmente et les pertes de chaleur deviennent plus importantes. Son positionnement dans le plan d'isolation est donc déterminant.

Le secret d’un design passif réussi réside dans l’alignement parfait du fenêtrage avec le plan thermique (ou la ligne isotherme) du mur. La fenêtre est idéalement positionnée aussi près que possible du plan principal d'isolation afin de limiter les ponts thermiques.

Pour ce faire, les concepteurs créent un pré-cadre ou faux-cadre structurel isolé (souvent appelé window buck), fabriqué en bois d'ingénierie ou en matériaux composites adaptés à la stratégie d'isolation de l'assemblage. Ce pré-cadre projette la fenêtre vers l'avant dans la zone isolante, minimisant ainsi la valeur du pont thermique d'installation. De plus, l'une des techniques les plus efficaces pour abaisser ce coefficient consiste à réaliser une sur-isolation du châssis : l'isolant extérieur du mur doit venir recouvrir une partie de la face extérieure du cadre de la fenêtre (selon la conception du mur), masquant le cadre pour ne laisser visible que le vitrage performant. Cela réduit drastiquement les pertes par conduction sur le pourtour de l'ouverture.

La gestion de l'étanchéité à l'air et à l'eau

Maison moderne avec bardage en bois, murs en pierre naturelle, grandes fenêtres panoramiques et terrasse en bois avec balustrade en verre.

Source : Touchette Portes & Fenêtres Inc.

L'étanchéité d'une maison passive ne tolère aucun compromis. Les projets certifiés selon le standard Passivhaus (PHI) doivent atteindre un taux maximal de 0,6 renouvellement d’air par heure à 50 Pa (0,6 ACH50). Les exigences PHIUS diffèrent de celles du standard PHI. Pour l’étanchéité à l’air, elles sont exprimées en CFM50 par pied carré de surface d’enveloppe brute, avec un seuil qui varie selon le type de projet et le parcours de certification. Pour les projets certifiés PHIUS, l’étanchéité à l’air est exprimée en CFM50 par pied carré de surface d’enveloppe brute. Le seuil exact dépend du type de projet et du parcours de certification. À ce niveau de performance, les fenêtres et leurs interfaces avec le mur sont des points critiques de l’étanchéité à l’air, au même titre que les percements mécaniques, les jonctions mur-toit, les solives de rive et les autres transitions de l’enveloppe.

Pour assurer la pérennité de l'assemblage, l’installation doit respecter la norme CAN/CSA A440.4 pour les fenêtres, portes et lanterneaux, puis être complétée par des détails propres au projet pour assurer la continuité de l’étanchéité à l’air, de l’étanchéité à l’eau et de l’isolation thermique.

L'étanchéité se décline selon les trois niveaux de gestion suivants :

1. La barrière extérieure (étanchéité à l'eau et au vent)

Avant l’insertion du châssis, l’embrasure du pré-cadre est entièrement scellée à l’aide d’une membrane d’étanchéité auto-adhésive ou d’une membrane liquide appliquée au rouleau ou au pistolet. Cette membrane forme un seuil incliné assurant le drainage vers l'extérieur. Une fois la fenêtre fixée mécaniquement par des équerres structurelles robustes, le périmètre extérieur est ponté à la membrane pare-intempéries du bâtiment à l'aide d'une membrane d'étanchéité à l'air hautement perméable à la vapeur d'eau. Cela permet à l'humidité résiduelle de s'échapper vers l'extérieur tout en interdisant toute infiltration de pluie battante ou de vent.

2. Le cœur de la cavité (isolation thermique et acoustique)

L’espace d’installation doit être isolé et scellé avec des matériaux compatibles. La mousse peut contribuer à l’isolation, mais la continuité de l’étanchéité à l’air doit être assurée par des rubans, membranes ou scellants prévus à cette fin. Les professionnels privilégient des mousses de polyuréthane à faible expansion spécialement conçues pour les fenêtres, capables d'accompagner les mouvements différentiels de l'assemblage tout en assurant une isolation durable.

Alternativement, l'usage de bandes de mousse précomprimée imprégnée (bandes 3-en-1) offre une solution haut de gamme, s'expansant lentement pour sceller parfaitement la cavité tout en assurant l'isolation thermique et l'étanchéité.

3. La barrière intérieure (étanchéité continue à l’air et contrôle de la vapeur)

C’est la couche de protection ultime pour le climat québécois. En hiver, l'air intérieur est chaud et chargé d'humidité par l'activité humaine. Si cet air s'infiltre dans le joint de la fenêtre, il rencontrera des surfaces froides et condensera, entraînant la pourriture précoce du faux-cadre.

Pour éviter cela, on installe une membrane pare-air dont les propriétés de perméance à la vapeur sont adaptées à la conception de l'assemblage (étanche ou à perméance variable selon le cas). Certains fabricants annoncent une durée de service prolongée à partir d’essais de vieillissement accéléré. Il faut toutefois valider ces données dans les fiches techniques propres à chaque produit.

Pour valider l'exécution de ces travaux complexes et repérer la moindre infiltration avant la fermeture définitive des cloisons sèches, il est fortement recommandé de planifier un test d’infiltrométrie intermédiaire, et celui-ci peut être exigé selon le parcours de certification choisi.  Pour l'organisation de ces étapes de chantier, n'hésitez pas à solliciter une soumission pour vos travaux d'enveloppe et de charpente afin de collaborer avec des équipes familières avec les exigences de la haute performance.

Les défis spécifiques au climat québécois : gains et surchauffes solaires

Revêtement extérieur moderne avec grandes fenêtres blanches, pierre grise, soffites et gouttières sur maison en hiver

Source : Provost Bonno Construction inc

La conception d'une maison passive repose sur un équilibre subtil entre les pertes thermiques et les gains solaires passifs. Au Québec, la course du soleil varie de façon spectaculaire entre les saisons. En hiver, le soleil est bas et ses rayons pénètrent profondément dans l'habitation, fournissant une source de chaleur gratuite et essentielle. En été, le soleil est haut et l'apport d'énergie peut rapidement transformer une maison étanche en une véritable serre, un phénomène exacerbé par les changements climatiques récents.

La sélection du vitrage performant doit donc être effectuée sur mesure, orientation par orientation, en fonction du coefficient de gain de chaleur solaire (CGCS, ou SHGC / g-value) :

Orientation des façades

Cible de facteur U

Cible de Gain Solaire (SHGC)

Rôle stratégique dans le bâtiment

Plein Sud

≤0,80 W/(m2⋅K)

0,50 à 0,60 (élevé)

Source importante de gains solaires passifs en hiver. Cela nécessite des avant-toits calculés ou des brise-soleil architecturaux pour l'été.

Nord

≤0,65 W/(m2⋅K)

0,30 à 0,40 (bas)

Les fenêtres orientées au nord procurent peu de gains solaires directs ; leur performance thermique devient donc particulièrement importante.

Est et Ouest

≤0,75 W/(m2⋅K)

0,35 à 0,45 (modéré)

Risque élevé de surchauffe estivale (soleil bas le matin et le soir). Un dispositif d'ombrage est souvent recommandé afin de limiter les risques de surchauffe.

Note : Les valeurs ci-dessus constituent des ordres de grandeur fréquemment rencontrés dans les projets québécois et doivent être validées par une modélisation énergétique.

La gestion de la surchauffe estivale est l’un des défis importants des projets passifs au Québec. Une maison passive doit d’abord limiter les besoins de climatisation par une bonne conception, notamment grâce à l’orientation, au choix du vitrage, à l’ombrage extérieur et à la ventilation. Un système de climatisation efficace et de faible puissance peut toutefois être pertinent dans le climat chaud et humide du Québec. Les protections solaires extérieures, qu'elles soient fixes ou mobiles, constituent l'une des solutions les plus efficaces pour limiter la surchauffe estivale. Ces dispositifs bloquent le rayonnement solaire avant qu'il ne traverse le triple vitrage, maintenant la fraîcheur intérieure de manière entièrement passive.

Pourquoi choisir un installateur certifié au Québec ?

Installateur posant une fenêtre blanche avec gants de protection dans une maison lumineuse

Source : Soumission Rénovation

La construction passive ne laisse aucune place à l'improvisation ou à l'approximation. Un alignement inadéquat, un ruban adhésif mal fixé ou une membrane étirée de force peut causer l'échec d'une certification officielle et engendrer des désordres physiques graves dans l'enveloppe du bâtiment. C'est pourquoi la sélection de l'équipe de réalisation est une étape tout aussi cruciale que la conception des plans.

La plupart des travaux de construction ou de rénovation réalisés pour autrui exigent un entrepreneur titulaire des licences appropriées de la RBQ. Cependant, pour un projet Passivhaus ou PHIUS, cette compétence de base doit être jumelée à une formation spécialisée. Il est fortement recommandé qu'au moins un membre de l'équipe de conception ou de réalisation possède une certification reconnue en maison passive.

Pour entamer vos démarches et sélectionner les bons partenaires pour vos travaux de fenêtrage de haute performance, vous pouvez effectuer une demande de soumission pour l'installation de vos fenêtres. Si votre projet s'inscrit dans une démarche globale d'habitation écoresponsable, le recours à un entrepreneur général licencié par la RBQ, ayant une expérience concrète en enveloppe haute performance et travaillant avec un concepteur ou consultant certifié maison passive, sera un atout majeur pour orchestrer la synergie entre les différents corps de métier, de l'isolation des fondations jusqu'au test d'infiltrométrie final.

En investissant dans des composants de haute qualité et une main-d'œuvre hautement qualifiée, vous offrez à votre patrimoine immobilier une enveloppe résiliente, capable de traverser les fluctuations climatiques du prochain siècle tout en vous offrant un excellent confort thermique et acoustique.


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